2016-05-26 / Editorial

Le grenier de souvenances de Norman

Les noces d’antan
By Norman Beaupré

Combien d’entre vous souvenez-vous des noces d’autrefois? Je veux dire les grandes et somptueuses noces ainsi que les maintes parties ou accessoires? Accessoires parce qu’aux grandes noces se multipliaient tant de démarches et d’obligations, et qui s’ajoutaient aux grandes célébrations des noces en famille. Je veux dire les grandes noces franco-américaines de chez nous. Elles faisaient partie de notre héritage et de nos traditions qui trouvaient leurs racines au Québec, et nous étaient légués de génération en génération. La réception des sacrements tels le baptême, la première communion, la confirmation, le mariage, et les ordres furent tous des événements dignes de célébration. Cependant, le mariage et ses noces dépassaient toutes autres célébrations, à mon avis.

En premier lieu, il y avait les fréquentations entres filles et garçons, et elles devaient être approuvées par les parents de la jeune fille. C’était entendu. Même parfois par le curé. Les fréquentations se faisaient généralement aux veillées ou un soir désigné après le travail. La plupart du temps elles se faisaient à la maison de la jeune fille. On lit dans la publication des traditions du Québec que “Généralement, lorsque l’un des parents se lève pour remonter l’horloge, c’est le signe au prétendant qu’il doit partir.” Après quelques mois de fréquentations, et parfois toute une année, le jeune couple se fiançait et la jeune fille recevait une alliance ou une bague avec un beau diamant[ou une pierre quasi-précieuse si le jeune homme ne pouvait pas s’allouer la dépense d’un diamant], et puis ils fixaient une date pour le mariage à l’église avec l’approbation du curé, car il y avait les bans qui devaient être publiés trois dimanches consécutifs précédant la date de la cérémonie du mariage. C’était entendu que les fiancés devaient vivre séparément et suivre la conduite de la chasteté jusqu’à ce qu’ils soient officiellement mariés à l’église.

Ensuite, venaient les préparatifs de la part de la fiancée: le trousseau, coffre de cèdre, les beaux mouchoirs avec du tatting tout comme une belle dentelle de toutes sortes de couleurs, les beaux sous-vêtements de soie ou de coton fin fraîchement achetés, des robes de nuit de satin ou de soie[si la fiancée pouvait se payer de tel luxe], parfois de belles essuie-vaisselles faites de lin ou de beau coton “flâsées”[brodées de flâse], parfois des “d’ssus” avec une dentelle, et le tissu flâsé, ou autres articles faits à la main. C’était tout une affaire ce coffre à trousseau. Ensuite, la jeune fiancée s’achetait un trousseau de noces, robes, chapeaux, souliers, gants, et un ensemble tout juste pour le voyage de noces. La jeune mariée serait vraiment swell comme le dirait ma mère. Quelques semaines avant le mariage, alors que l’on commençait à livrer les cadeaux de noces à la maison paternelle, celles qui le voulaient, et bien on leur montrait le trousseau en ajoutant des commentaires de la part de la fiancée, et souvent inclus ceux de la mère qui épiait la visite. Oh, oui, il ne fallait pas oublier les beaux cintres “bourrés” de ouate et recouverts de beau satin.

Après tous ces préparatifs, venait la danse des fiançailles qu’on appelle en anglais pre-nuptial dance donnée dans une salle où les invités , parfois il y en avait des centaines, se groupaient afin de danser et avoir du plaisir. Les nôtres étaient des gens de plaisir, il faut l’admettre. Il y avait la grand march avec les fiancés en tête de la filée de gens de la grande marche bras à bras. Puis, à la fin de la soirée, on présentait aux fiancés une bourse en satin remplie de dollars collectionnés d’habitude par les filles d’honneur. Suivi de cette danse célébration, fut le bridal shower alors qu’on présentait à la future mariée tout un assortiment de batterie de cuisine pour la partir dans sa nouvelle demeure, une fois mariée. [Aujourd’hui, on donne de gros cadeaux, cadeaux qui coûtent cher]. Enfin venait le jour du mariage et des noces tant anticipés. Le temps et la température étaient très importants pour les futurs mariés, car la pluie et le mauvais temps peuvent gâcher cette célébration. On avait donc recours à la Bonne Sainte Vierge. C’est alors que la fiancée priait la Vierge Marie pour du beau temps. On allait jusqu’à pendre son chapelait sur la corde à linge dehors le soir afin de garantir du beau temps le lendemain matin. Tradition ou superstition? Je n’en sais rien. Le mariage avait lieu à l’église paroissiale de la mariée. Les filles d’honneur jusqu’à quatre, six et parfois huit incluse la dame d’honneur avaient été sélectionnées par la fiancée ainsi que les couleurs de leurs robes. Le fiancé était en charge de choisir les témoins, ordinairement les deux pères, et les garçons d’honneur. C’est lui qui devait, très souvent, acheter les fleurs, bouquet de la mariée, corsages pour les deux mères, et les boutonnières pour les hommes.

Le long et grand tapis avait été posé sur le parquet de la grande allée de l’église. L’orgue débuta son harmonie alors que le prêtre attendait juste à l’entrée du sanctuaire avec les deux petites portes de la balustrade ouvertes afin d’accueillir les deux mariés. On avait placé deux Prie-Dieu pour ceux-ci. Après l’échange de voeux et le partage des joncs, l’officiant commença la messe. Après la communion, le prêtre donna une bénédiction spéciale aux nouveaux mariés. Une fois la cérémonie terminée, tout le monde suivait les mariés dans la grande allée pour ensuite franchir les grandes portes et s’installer sur les marches de l’église afin que le photographe puisse prendre la grande photo de tout le monde debout derrière les mariés. C’est cette photo et autres que le photographe vendra durant la réception aux invités. Nous avons tous, je crois bien, des photos de noces que l’on ne voulait vraiment pas acheter, mais difficiles à refuser du fait que c’était de la famille ou des amis. Comment refuser?

Ensuite, alors que les mariés et la suivie allaient chez le photographe afin d’obtenir la photographie dite officielle du mariage, on allait soit chez la maison paternelle ou dans une grande salle déguster le déjeuner[c’était le déjeuner puisque le mariage avait eu lieu de bonne heure le matin, souvent à sept heures]. Bien avant que l’on a pu convaincre les curés francos de remettre la cérémonie du mariage à un autre jour de la semaine, les mariages avaient toujours eu lieu le lundi matin]. D’habitude, le déjeuner, pour ceux qui n’avaient pas assez d’argent pour un grand repas de luxe, consistait de sandwichs au poulet hâché, des cornichons, d’amarinades, peut-être une salade au chou, et autre. Placé au centre de la table d’honneur il y avait le gros gâteau de noces à étages avec deux petits mariés auriolés de tulle blanche sur le sommet de cette pâtisserie. Après avoir coupé le premier morceau, les mariés donnaient la tâche aux serveuses qui allaient de table à table ou de chaise à chaise donner un morceau du gâteau de noces. Assez souvent, la madame mettait son morceau enveloppé d’une serviette de papier dans sa sacoche, pour plus tard, disait-elle. Les mariés allaient se “déchanger” pour partir sur leur voyage de noces, leur lune de miel, . On les attendait tous afin de leur souhaiter bon voyage. Le nouveau marié avait sa boutonnière alors que la nouvelle mariée portait un beau corsage sur l’épaule. Ils partaient la joie dans le coeur et les yeux. C’était de très beaux souvenirs pour eux et pour la famille ainsi que pour de nombreux amis. Plus tard, ce sera les nouveau-nés et les baptêmes.

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