2016-06-23 / Editorial

Le grenier de souvenances de Norman

Les couleurs de mon enfance
By Norman Beaupré

Un aspect de mon enfance qui dure longtemps dans ma mémoire ce sont les couleurs. Lorsque l’oeil a été frappé par la vivacité des couleurs, surtout dans l’essor de la jeunesse, bien, il se développe chez l’enfant qui grandit, tout un arc-en-ciel gravé dans une mémoire sensiblisée par l’attrait du beau et du voyant. Qu’est-ce que la vie serait sans couleurs? Blanc et noir, c’est tout, tout comme les vieux films du passé. Sans couleurs c’est sans imagination et sans habileté de voir les choses telles qu’elles sont dans une nature prodigieuse de toutes sortes de couleurs. L’enfant est très sensible aux couleurs. Du moins, moi, je l’étais.Tout en grandissant, j’étais attiré par les couleurs vives de mon environnement. L’enfant aime les couleurs qui lui sont inculquées en vertu de ses sens et de son penchant vers l’éblouissement de tout ce qui est de couleur. Moi, je l’étais et je continue de l’être même dans la maturité de l’âge.

Je viens de terminer un recueil de contes et d’histoires intitulé, “Souvenances d’une Enfance Francophone Rêveuse” dans lequel se trouve l’histoire du “Ballon viné.” Viné n’est pas du français standardisé, c’est plutôt la couleur pourpre. Chez nous nous disions viné. Ceci faisait partie de notre parler à nous Franco-Américains. Quant à “pourpre” cela n’existait que dans les dictionnaires ou dans la langue des gens éduqués qui l’avaient appris d’une manière ou d’une autre. “Pourpre” c’était pour ceux et celles qui parlaient “bien.” Cependant, “viné” nous appartenait et nous nous servions à plein jour de ce terme si bien connu et apprécié. Je dis dans mon histoire du ballon viné que le viné fut une couleur favotite surtout des plus âgés alors que je grandissais. Un beau chapeau viné, un manteau viné, des gants vinés, un beau ruban viné, et n’importe quel vêtement de la couleur viné furent portés avec fierté et un sens d’appartenance à la collectivité franco-américaine qui se voulait fière et indépendente des modes passantes.

Je le sais bien que pas tout le monde aimait la couleur viné. Il y en avait qui lui préférait d’autres couleurs plus vives et plus attrayantes, surtout les jeunes. Mais, la couleur viné semblait attirer les dames plus données aux couleurs moins vives et plus adoucies telles le mauve, le lilas, le brun et le beige, et, on sait bien, le viné. Le viné se portait surtout en automne et en hiver. C’était une couleur frappante aux yeux de ceux et celles qui aimaient la couleur entre prune ou pourpre que nous appelons viné. Ceci se dit en anglais purple et parfois plum. Mais viné, tout le monde connaissait cette couleur. Excepté les hommes qui ne portaitent guère attention aux couleurs, surtout le viné. Très souvent le mari demandait à sa femme de lui choisir une cravate ou même une chemise, un pantalon, des chaussettes, parfois des chaussures qui étaient propres à porter, et qui “matchaient” comme on le disait chez nous. Plusieurs hommes n’avaient pas le sens des couleurs et surtout l’harmonie des couleurs. Alors, il leur fallait une femme pour les “r’nipper” comme on disait chez nous.

Quant à moi et mes goûts de couleurs et d’harmonie de couleurs, j’ai toujours aimé le rouge, rouge écarlate, rouge voyant, le vert et son adhérent, le bleu vert, ainsi que le viné. J’aime les autres couleurs, mais je préfère cellesci. J’aime bien le rose d’une belle fleur et le bleu ciel de l’azur. L’arc-en-ciel me plaît beaucoup surtout après avoir contemplé l’arc complet au Brésil lors de mon voyage dansledésertavecSoeurPriscilles.c.i.m.ilyaplusieurs années de ça. Je ne l’ai jamais perdu de mon oeil intérieur. Tout jeune j’admirais les couleurs des vêtements de ma mère, surtout ses robes, car elle était fière, ma mère. Elle aimait les couleurs voyantes, joyeuses, et vives. Les couleurs foncées et mates lui étaient ahurissantes. Je me souviens d’une de ses robes qu’elle portait sur une photo prise lorsque je n’avais que deux ans, je crois. Nous étions en promenade chez une des soeurs de ma mère à Augusta, rue Monroe. Ma mère portait une robe qui tirait sur le brun, et ce qui m’attirait la vue c’était le col qui me paraissait comme un col de clown en accordéon de toutes sortes de couleurs qui s’harmonisaient bien avec sa robe brunâtre. Je conserve encore la photo prise sur le gazon chez tante Mina. Elle s’appelait Hermina Hubert Drouin. Elle était bonne cuisineuse, bonne modiste et bonne travaillante. Elle allait jusqu’à joindre son mari à la chasse de chevreuils dans les bois du nord du Maine. Elle était hasardeuse, tante Mina, et douée de l’entrain d’une fermière québécoise, car elle a vu jour au Canada tout comme les onze premiers enfants Hubert. Ma mère fut la treizième. Ah, les souvenances d’antan qui m’apportent les couleurs de ma jeunesse!

Quant au viné, et bien cette couleur n’a jamais cessé d’aménager mon imagination et mon intérêt. Même aujourd’hui la couleur viné stimule en moi des associations telles les cerises mûres que l’on appelait les cerises au vin de la couleur vinée, les pruneaux mûris sur la branche qui avaient donc cette belle couleur alors que ces fruits luisaient en plein soleil, et les beaux paysages au coucher du soleil alors que les couleurs changent du brillant au plus douces et tendres couleurs de la brunante parfois avec des éclats du viné. J’aimais m’asseoir dans l’herbe lorsque j’étais jeune pour admirer les couchers du soleil jusqu’à ce que maman m’appelle pour rentrer chez nous et me préparer pour la nuit. Les couleurs que je venais d’admirer restaient collées dans ma vision intérieure et je tombais endormi avec le doux couloir de couleurs menant à l’infini absorbées par la vue et calquées à mon cerveau d’enfant.

Je me souviens que la voisine, Madame D. de la côte aimait dire à son mari, Frank, qu’elle n’aimait pas les couleurs trop pâles car elle les trouvait sans vie, sans éclat. C’est pour cela que tous les murs de sa maison à l’intérieur étaient d’une couleur foncée et parfois sombre. Les voisins et les parents la trouvait un peu étrange, Rose-Éva. C’est comme cela qu’elle s’appelait. Il y avait tant de femme chez nous lorsque je grandissais qui avaient deux prénoms tels Marie-Ange, Marie-Thérèse, Rose-Alba, Rose-Hélène, etc. Moi, l’enfant aux couleurs, j’associais ces noms avec les couleurs qui me venaient à l’idée. Pour moi Marie-Ange c’était la couleur des anges, le rose angélique; Marie-Thérèse, c’était la couleur verte des prairies; Rose-Alba, fut la couleur viné parce que cette dame était vieille; Rose-Hélène, la couleur bleu d’un ciel sans nuages car Rose-Hélène avait toujours le beau sourire aux lèvres. Alors, les couleurs m’ont toujours inspiré d’une manière ou d’une autre, et stimulé mon imagination qui souvent était rêveuse. Quelle est donc votre couleur de jeunesse? A-t-elle changé? Et vous les hommes qui vous hasardez de lire mes rubriques, êtesvous sensibles aux couleurs ou vous vous en foutez bien? Et vous tous mes lecteurs/lectrices, aimez-vous le viné?

Norman Beaupré est natif de Biddeford et il a enseigné plus de trente ans à l’Université de la Nouvelle-Angleterre. Son doctorat vient de l’Université Brown. Le Docteur Beaupré a beaucoup voyagé en France et ailleurs en plus d’avoir pris deux congés sabbatiques à Paris. Il est l’auteur de vingt livres publiés en français et en anglais. Il est à l’oeuvre de la finition de sa dernière oeuvre, “Souvenances d’une Enfance Francophone Rêveuse”, un recueil d’une trentaine de contes et d’histoires qui sortent de son imagination active.

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