2016-08-25 / Editorial

Le grenier de souvenances de Norman

Les bébites de mon enfance

By Norman Beaupré

Les “bébites” ou les les insectes et même les petites bêtes sont connues par tous et chacun même de nos jours. Je crois bien que c’est un terme d’enfant produit par les mamans et les papas afin de communiquer à leurs enfants l’essence de la simplicité de la parole tout comme “bobo”, “quenoeil”, “caca”, “pipi”, “bédaine”, “dodo”, “bébelles”, etc. La grande personne se mettait au niveau du petit enfant afin de tenter de se faire comprendre quoique l’enfant aurait compris le parler du grand monde si on le lui avait communiqué en pleine franchise . Mais, on a pris l’habitude des mamans et des papas d’antan, surtout les mamans, d’utiliser des mots de ce que j’appellerais des mots “bébé.” Plus que notre langue disparaît au cours de années, plus les petits trésors de la langue tels ces mots enfantins disparaissent euxaussi.Jelecroisbien.Cependant,ilyadesmots tels “mémère” et “pépère” qui ont survécu. Peut-être on utilise plus le terme anglais “bugs” avec nos petits, je n’en sais pas.

Quoique soit le cas, les “bébites” de mon enfance existaient et ils existent encore au moins dans la mémoire achalandée de toutes sortes de choses du passé. Pour moi, ces choses sont réelles et vives. Il y en a plusieurs parmi vous mes lecteurs/lectrices qui me demandent comment je fais pour me rappeler de tout ça. Et bien, je dois avoir une mémoire du diable ou une mémoire de chien comme le disent les nôtres. A force d’y penser, ça vient. Quant aux “bébites” de mon enfance, voilàcedontjemerapplelle.Enpremierlieu,ilyales “maringouins”, ces moustiques, ces verraces de “bébites” qui viennent en été nous piquer la chair et laisser des petites boursouffles rouges qui nous démangent à n’en plus finir. Je me souviens que j’étais au Brésil au Bom Pastor chez les religieuses du Bon Pasteur et Irma Priscilla qui m’avait invité d’aller passer quelques semaines avec elles. On m’avait donné la chambre de l’aumonier et pendant la nuit il y avait de grosses “bébites” qui m’avaiernt rongé la peau et j’avais senti la démangeaison pendant des jours de temps. Soeur Priscille m’avait dit que les religieuses dormaient avec le drap pardessus la tête afin de s’esquiver de la morsure de ces “bébites”. Un peu plus tard elle a acheté des moustiquaires pour cette chambre, m’a-t-elle dit.

Il y avait aussi les gros bourdons qui venaient menacer ceux qui osaient les approcher ou les taquiner avec des pailles ou des petits bâtons. En plus, il y avait les mouches ordinaires et les mouches à cheval. Celles-ci étaient féroces avec leurs dards et puis elles étaient grosses, les mouches à cheval. Il y avait aussi les puces, les poux, les punaises, et les autres infestations qui faisaient horreur aux mamans qui n’en voulaient pas de cette avarie de mauvaises “bébites” ni dans le lit ni dans les cheveux. Il y avait aussi les “criquettes”[les grillons], les “mouches à feu”[les lucioles], les très petites “bébites” rouges, les coccinelles, et autres qui ne nous hantaient pas car nous n’en n’avions aucunement peur. Il ne faudrait pas oublier les “frémilles” ou fourmis qui venaient empester la nourriture hors des placards et à l’air, comme on le dit chez nous. Quant aux abeilles, on les laissait tranquilles car elles nous confectionnaient du miel après tout. Il y en a qui même de nos jours ont peur des “bébites” mais qui n’ont pas peur des chiens ou autres bêtes plus grosses. Il faudrait croire que les “bébites” apportent une certaine crainte ou un dégoùt pour ceux et celles qui ont grandi avec ça. Je leur dirais à ces gens-là que toutes bêtes et toutes “bébites” sont les créatures du Bon Dieu.

Enfin, il existe des expressions avec le terme “bébite” telles, avoir des bébites dans la tête pour dire que quelqu’un est un peu fou; être en bébite pour signifier être fâché, et l’expression “en bébite” pour dire “beaucoup.” “Bébite” reste encore collé dans ma tête souvent rêveuse et vagabonde. Ah, les souvenances de mon enfances, elles m’apportent toutes sortes de “bêtises” qui tournent en petites joies d’une mémoire laissée à elle-même.

Norman Beaupré est natif de Biddeford et il a enseigné plus de trente ans à l’Université de la Nouvelle- Angleterre. Son doctorat vient de l’Université Brown. Le Docteur Beaupré a beaucoup voyagé en France et ailleurs en plus d’avoir pris deux congés sabbatiques à Paris. Il est l’auteur de vingt et un livres publiés en français et en anglais. Sa dernière oeuvre s’intitule, “Souvenances d’une Enfance Francophone Rêveuse”, un recueil d’une trentaine de contes et d’histoires qui sortent de son imagination active.

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