2016-11-10 / Editorial

“Où es-tu Marie- Ange, Marie- Ange?”

Le grenier de souvenances de Norman
By Norman Beaupré

Souvent après trois ans et demi de rubriques avec le “Courier”, je viens à m’apercevoir que les idées et les sujets pour mes écrits tarissent. Alors, il me faut faire un effort extraordinaire pour capter un sujet qui se liera bien à mes rubriques. Je viens de publier mon dernier livre, “Souvenances d’une Enfance Francophone Rêveuse” dans lequel je trouve maintes histoires qui conviennent à mes écrits de journaux. Alors, en voici une que je trouve intéressante et même un peu frisant l’humour. Elle s’intitule, “Où es-tu Marie-Ange, Marie-Ange?” La voici.

Marie-Ange est un nom souvent employé chez nous surtout dans les années après l’émigration de nos ancêtres canadiens-français. Ils ont sans doute emporté ce nom du Québec et ils l’ont plantés fermement et solidement aux États. Moi, j’ai connu Marie-Ange Demers, Marie-Ange Desruisseaux, Marie-Ange DesRoberts, Marie-Ange Lemelin, Marie-Ange Martel et plusieurs autres qui ne me viennent pas à l’idée. On sait bien que le nom simple de Marie fut utilisé dans presque tous les baptêmes des petites filles bébés. On disait que c’était pour honorer la Vierge Marie que l’on donnait le nom de Marie à toutes les petites filles baptisées. Pour les petits garçons c’était le nom de Joseph. Est-ce qu’on donnait le nom de la Vierge Marie à Marie-Ange? C’aurait été Marie Marie-Ange alors. Quelle répétition. D’ailleurs le nom de Marie-Ange avait les deux noms, celui de la Vierge et celui des anges. Un nom vraiment spirituel et transcendant, à mon avis. Les gens de ce temps-là voulaient tout probablement assurer le salut et le futur du bébé baptisé, surtout des petites baptisées avec le nom Marie-Ange.

Avec les années on a commencé à perdre le goût de ce nom parce qu’on avait maintenant les noms des “stars” du cinéma, des télé-romans, et des sports. On recherchait la renommée de ces vedettes afin d’effectuer un reflet sur l’enfant né en pleine modernité.Troy, Rock, Tab, Tammy, Sonya, Molly, et bien d’autres s’ajoutèrent aux noms longtemps employés ou bien ils remplacèrent les noms en décroissance. Marie-Ange en fut un de ces noms mis de côté pour un nom moins angélique et virginal. J’avais une amie qui s’appelait Marie-Ange et qui voulait changer de nom parce qu’elle ne voulait plus se faire appeler un nom “canuck”, disait-elle. Pourtant sa mère lui disait que son nom venait de la souche canadienne et lui rappelait son héritage. Marie-Ange ne voulait pas entendre parler d’héritage. C’était vieux jeu, disait-elle. Sa mère tenta de la convaincre que son nom faisait partie de son identité et qu’elle perdrait non seulement son prénom français mais son âme qui était trempée dans la francophonie, une francophonie qui lui donnait la vertu et le sens d’être française d’origine et française dans son parler. Elle dit à sa mère qu’elle n’en voulait plus de cela, et qu’elle était américaine née aux États-Unis de l’Amérique du Nord. Marie-Ange, après plusieurs démarches de sa part, changea de prénom. Elle se faisait appeler dorénavant, Barbie, d’après la fameuse poupée aux vêtements multi-genres. Tous ses papiers officiels portaient le nom BARBIE à l’exception de son baptistère que le curé refusa de changer. Il lui dit qu’une fois baptisée, rien ne change surtout le nom donné en héritage par ses parents et son parrain et sa marraine. Il lui dit qu’il ne pouvait pas, il ne voulait pas réinventer un baptême accompli. Elle déchira son baptistère et se fia dorénavant sur le certificat de naissance issu de l’hôtel de ville de son village.

Combien de jeunes filles ne portent plus de noms français chez nous surtout des noms de saints en témoignage des patrons effectués dès la naissance. En tous cas, le nom de Marie-Ange est presque disparu chez nous. Peut-être un jour on redécouvrira l’importance de ce nom et son caractère de francité. On ne change pas de nom comme on ne change pas de peau, dis-je.

On apprend qu’une Marie-Ange a le caracatère d’une femme extrêmement agréable. Elle est enjouée, chaleureuse et drôle. Elle se fait appréciée de tous ceux qui croisent son chemin. La communication est son fort. Et puis, on ajoute que Marie-Ange est séduisante au naturel. Voilà quelques qualités qu’on observe d’elle. Beau caractère et belle personnalité. C’est dommage qu’il y en ait de moins en moins des Marie-Ange. Peut-être il faudrait en fabriquer d’une manière ou d’une autre. Où es-tu Marie-Ange, Marie-Ange? La Francophonie a besoin de toi et ton nom.

Et bien mes lecteurs/lectrices, celle-ci est ma dernière rubrique après trois ans et demi de travail de journal populaire. Je vous souhaite la bonne aventure de la lecture en français et peut-être je vous reviendrai un jour. Merci de votre persévérance et de votre amabilité. Aurevoir!

Norman Beaupré est natif de Biddeford et il a enseigné plus de trente ans à l’Université de la Nouvelle-Angleterre. Son doctorat vient de l’Université Brown. Le Docteur Beaupré a beaucoup voyagé en France et ailleurs en plus d’avoir pris deux congés sabbatiques à Paris. Il est l’auteur de vingt et un livres publiés en français et en anglais. Sa dernière oeuvre s’intitule, “Souvenances d’une Enfance Francophone Rêveuse”, un recueil d’une trentaine de contes et d’histoires qui sortent de son imagination active.

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